À l’occasion de l’ouverture de l’exposition ‘Unexpected Dali’, je me suis rendu compte qu’il y a peu de gens qui comprennent vraiment l’expérience culturelle. L’idée de vernissage ne devrait pas seulement susciter quelque esprit artistique de moment, mais elle devrait resusciter en nous les notes d’élégance et de rafinement qui pourraient enchanter et inspirer même Dali.
Si on choisit d’admirer et d’aimer l’art, sois un art toi-même, à ton tour !
Pendant la vie, on rencontre Eros, et Philia, et Agape et, parmi eux, Thanatos. Ceux-ci représentent toutes les formes dans lesquelles un homme pourrait aimer. Et voilà comment l’amour pour l’art a quelque chose de chaque genre, quelque chose de chaque âme. Et quand on se réveille du rêve, on observe le même art fouler dans la palme de Thanatos.
Vasilii Chesauri, le conservateur de l’exposition, m’a raconté sa passion d’approcher les gens de l’art et, par conséquence, les approcher de la beauté.
Ainsi, Buzau a gagné. Il a gagné parce qu’il a ramassé la passion de trois générations dans une salle d’exposition de musée, générations qui ont su bien comment mélanger les couleurs et peindre, fixer le cahier et faire des ébauches. Si vous allez pénétrer dans cette salle, vous allez sentir la vibration qui unit toutes ces oeuvres dans une harmonie parfaite. Et cela arrive quand on fait les choses avec amour. On leur donne de l’énergie, ensuite elle va se dissiper. La famille Chesauri a prêté beaucoup d’énergie positive à son exposition, pour nous.
Je parlais de Thanatos et je dois remarquer la façon dans laquelle Dali a réussi à le rattraper par une jambe et l’amener dans sa paume. Je le vois là, accroupi, jouant avec sa moustache, tandis qu’il est difficile pour nous de dévoiler la sérigraphie avec Ange. Des personnages mythologiques, une femme à tête de cygne et, au sommet de la composition, un cercle rouge si suggestif pour le thème de la mort. Cette tapisserie représente vraiment un point fort de l’exposition. Provocatrice, subtile, de génie.

En descendant vers les sérigraphies, une oeuvre en fortes nuances de rose a attrapé mon attention.

‘Le manager’ fait partie de la collection 
‘L’ homme et sa profession’ où Dali a essayé de saisir l’admiration qu’il a envers les gens qui réussissent à monter en positions de top. Et pourtant la raison qui m’a fait me décider d’ajouter cette oeuvre à ma liste de préférences est le conte qui se trouve derrière. Le conservateur m’a raconté la difficulté avec laquelle Dali réussissait à comprendre les nombres et toute référence de maths et il m’a présenté aussi d’autres sérigraphies avec des symboles numériques. Autrement dit, Dali connaissait bien ses limites et ne se tenait pas à l’écart de rendre hommage à ceux qui connaissaient le succès. C’est une marque de modestie que je n’aurais pas pensé trouver chez un artiste qui s’autoproclamait ‘Divin’. Le fait qu’il aurait voulu grandir est évident parce qu’il y a aussi son autoportrait dans la sérigraphie.

Comment aurait-il été si Dali avait été économiste et le surréalisme était resté seulement avec Picasso ou Matisse ?
‘ Le Marquis de Pubol’ a divisé les peintres en deux catégories. Ceux qui dépassent les limites et ceux qui approchent à précision des frontières, mais sans les contourner. J’aurais pensé que les illustrations qu’il a faites pour le roman ‘Le vieil homme et la mer’ pourraient l’encadrer dans la deuxième catégorie, mais j’ai constaté qu’il vaut mieux que je reprenne la lecture du roman.
Quelque part, de quelque manière, j’ai réussi à manquer les nuances que Dali a reproduit avec tant de précision dans ses ébauches et dont Hemingway ne s’est pas rendu compte au début. Le mystique qu’il a rajouté à ces oeuvres, la lutte entre l’homme et le poisson, pourraient se retrouver aisément dans ‘Lostrita’ de Voiculescu.

Un portfolio avec un peu d’humour l’a rapproché du Tricorne. La bêtise humaine a pris la forme d’un âne, dans la vision de Dali.

Ce qui est surprenant est pourtant la constance de dessiner des papillons. Et cela apparaît non seulement dans cette série de xilographies, mais aussi dans une des tapisseries.

Des papillons dans les plus diverses formes et couleurs, mais avec une logique que je suis en train d’approfondir.

Cette tapisserie avec des ailes, l’ange et le cheval de Troie se remarquent par une chromatique fade, dans les nuances de la terre. Thanatos t’appelle vers lui en quelque sorte. Et s’il ne s’agit pas de Thanatos, il s’agit à coup sûr du Pourgatoire de Dante, dans l’autre coin de la salle.
Autrefois, je vous parlais de l’intérêt suscité par le portrait de Ronsard. Même si les sonnets écrits par le romancier habillent l’amour et la déception dans des vêtements mythologiques, Dali l’a dessiné heureux, ‘électrisé’. Regardé de près, il semble un peu perdu dans sa propre conscience.
Je ne suis pas attirée seulement par la connexion littéraire entre Ronsard et Dante, mais aussi par la similitude entre le portrait réalisé par Dali et le portrait de Dante Alighieri.

On peut trouver des similitudes non seulement entre les traits des deux hommes, mais aussi dans le style dans lequel il a réalisé les oeuvres, avec des influences baroques.
La curiosité naît de l’intérêt, et l’intérêt est aussi une forme de rafinement, en fonction des essences qu’on envisage. L’exposition a été pour moi une bonne occasion de découvrir deux autres côtés de Dali que j’ignorais. ‘Le divin Dali’ ne s’est pas occupé seulement de l’art visuel, mais aussi de l’art écrit, le peintre rédigeant quelques volumes, surtout des autobiographies.
Pourtant, si vous êtes curieux de lire ses oeuvres, vous y allez découvrir une passion profonde pour Gala, sa femme, qu’il a immortalisée dans ses ébauches. Ces déshabillés complètent le rôle de muse que Gala a eu dans la vie de l’artiste, des déshabillées qui émanent plus d’admiration et de sensualité que de l’érotisme. Une autre nouveauté a été représentée par les médailles, surtout une série de médailles rectangulaires inspirées par la thématique religieuse.

À côté, on peut observer les Cartes de jeu. Ce qui est drôle est que Salvador Dali a été prié de réaliser une telle ‘carte de jeu’ pour un des films avec James Bond, mais il n’a pas réussi à respecter le délai, donc on peut admirer l’oeuvre „Floche Royale&Joker” seulement dans l’exposition.
J’aime penser que j’ai acquis l’élégance nécessaire pour formuler des questions appropriées au moment opportun.
L’érudit m’a dévoilé un petit secret qu’autrement je ne pourrais pas remarquer.
Il y a une tappiserie dédiée à Gala dans le cadre de l’exposition. Si vous vous éloignez 20 mètres et vous plissez vos yeux, au lieu de Gala vous allez voir l’image d’Abraham Lincoln. C’est une tapisserie en pixels, unique dans toute l’exposition, mais représentative pour l’année 1976, constituant la base sur laquelle Dali va commencer toute une série de photo mosaïques. Le génie du surréalisme a été passionné de découvrir constamment et se re-découvrir par chaque création qu’il réalisait.
À part la sélection que j’ai faite, il y a 150 œuvres exposées qui attendent être admirées et interprétées. Je recommande chaleureusement cette expérience à tous les jeunes.

Dali a quelque chose pour tous. Par exemple, pendant quelques années, il s’est inspiré des inventions de son époque. Comme je vous disait, il adorait faire des découvertes. Il a suit l’exemple des peintres de la Rennaissance qui s’inspiraient des grandes innovations de leurs temps et a réalisé un calendrier pour Ceramica Pozzi dans lequel il a illustré ‘Bomba atomica del progresso’.

Tous nos remerciements devraient être dirigés vers la famille Chesauri. Sans une véritable passion, sans une connexion qui se transmette de génération en génération, il est probable que Dali aurait été partout dans le monde entier, mais Buzau n’aurait pas eu l’honneur d’une telle exposition. C’est un événement de référence et il doit être traité comme tel.
Fais de toi-même un art pour savoir comment aimer la beauté. Pour savoir qu’il faut regarder quand on admire, et pour regarder, il faut voir tout d’abord. On ne peut pas palper les œuvres, mais on peut fermer les yeux et écouter leur message.
Le vernissage restera longtemps près des citoyens de Buzau, nous offrant assez de temps pour nous connecter avec l’art de celui qui est descendu de l’agitation de l’inconscient jusqu’à la raison du délire.
P. S. ” Le clown ce n’est pas moi, mais cette société monstrueusement cynique et si inconsciemment naïve qui joue le sérieux pour mieux dissimuler sa folie”. (Salvador Dali)

Ioana Teodora Todorescu
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